Aujourd’hui, j’ai lu quelques pages de votre manuel d’enseignement. Vous y décrivez que le yin yoga est à la fois les mouvements des animaux et les exercices en relation avec l’énergie de transformation des 5 éléments. Vous parlez aussi du fait que dans la conception taoïste, l’infiniment grand est vivant et que notre corps est à l’image de cet infini, mais en version rapetissée. Je me suis promenée dans la nature avec ces pensées quelque part dans mon esprit, et plusieurs pensées sont venues à moi.
Nous sommes en plein février et ici c’est encore l’hiver. Nous avons de la neige, un vent du nord frais, parfois froid, parfois même glacial. L’endroit adopte la robe blanche de l’hiver pour quelques semaines, laissant la nature recouverte d’un manteau froid ensommeillant lentement la terre et les herbes. Mais ce matin, le temps est plus doux, en train de changer. Cette nuit, il a plu pour la première fois depuis 3 mois.
Dans ma promenade, je ressentais certains jeunes arbres comme s’ils étaient déjà réveillés. Je l’ai ressenti, et pourtant je ne me l’explique pas ; ces jeunes arbres émanent quelque chose de présent, et vivant que les grands et vieux arbres n’expriment pas encore à cette période. Cela m’a fait penser que la nature prépare son retour bien avant que les bourgeons ne naissent ; en février, la sève remonte doucement et lentement des racines profondes a la superficie du sol. L’arbre entend chaque signe du dehors et fait remonter sa sève jusqu’à l’apogée du moment cette vie en lui fera bourgeonner chaque feuille. Chaque processus est infiniment lent et patient, relié à l’environnement qui le fait agir. Quelle merveille !
Et puis j’ai regardé les petits ruisseaux partout qui s’affolent joyeusement en descendant les collines. Ils sont légion, ils sont partout. Ils sont joyeux et vifs, propres et clairs comme la vie qui s’éveille. L’eau est claire car l’automne, puis la neige, ont rincé et pleuré la terre pour la nettoyer de ses impuretés. Et ce matin, la terre est nettoyée, l’eau est propre, transparente et étincelante sous le soleil.
Et puis j’ai regardé les herbes couchées au sol autours des ruisseaux. Elles sont jaunies, sèches, elles ne sont que carbone et ont fini leur cycle de vie. Mais juste au-dessous d’elles sous le sol, d’autres racines vertes et intenses sont prêtes à jaillir à la lumière pour commencer un nouveau cycle. J’ai réalisé que c’est à cette racine verte et naissante que je suis connectée car elle est vie, et non pas celles que mes yeux percevaient à la surface, jaunie et déjà morte.
J’ai ressenti cette connexion avec ce qui existe autours de moi, avec ce que je vois, j’entends, je touche, avec ce que je respire. Et je me suis dit que c’était cela, l’infiniment petit par rapport à l’univers infiniment grand ; celui qui voit et celui qui est vu. Car mon infiniment grand me semble diffus, éloigné, vaste, et trop grand pour que je puisse le percevoir…mais peut-être que ce silence de ces milliards d’étoiles que l’univers me renvoie lorsque je regarde le ciel, c’est la seule chose que je sois capable d’entendre de lui.
Alors, peut-être que ce que me dit le tao c’est de regarder au-dedans ; l’infiniment petit qui m’est accessible ; l’eau, l’arbre, le reflet du soleil dans la rivière, les pousses vertes, ma main, ma voix, l’oiseau.
Nous sommes à l’image de cet infiniment grand. Ainsi nous pouvons le connaître de cette façon.
Marie, 7 février 2022
**************************************************
A walk.
Today I read a few pages of your teaching manual. You describe there that yin yoga is both the movements of animals and the exercises in relation to the energy of transformation of the 5 elements. You also talk about the fact that in the Taoist conception, the infinitely universe is alive and that our body is in the image of this universe, but in a reduced version. I walked around in nature with these thoughts somewhere in my mind, and several thoughts came to me.
We are in the middle of February and here it is still winter. We have snow, a fresh north wind, sometimes cold, sometimes even freezing. The place adopts the white robe of winter for a few weeks, leaving nature covered with a cold mantle, slowly dozing the earth and the grass. But this morning the weather is milder, changing. Tonight it rained for the first time in 3 months.
In my walk, I felt some young trees as if they were already awake. I felt it, and yet I cannot explain it to myself; these young trees emanate something present, and alive that the big and old trees do not yet express at this time. It made me think that nature prepares its return long before the buds are born; in February, the sap gently and slowly rises from the deep roots to the surface of the soil. The tree hears every expression of what is happening around it. He draws his sap upwards, where that life within him will cause every leaf to bud. Each process is infinitely slow and patient, linked to the environment that makes it act. Wonderful !
And then I looked at the grass lying on the ground around the streams. They are yellowed, dry, they are only carbon and have finished their life cycle. But just below them under the ground, other intense green roots are ready to spring into the light to start a new cycle. I realized that it is to this green and nascent root that I am connected because it is life, and not those that my eyes perceived on the surface, yellowed and already dead.
I felt this connection with what exists around me, with what I see, I hear, I touch, with what I breathe. And I thought that was it, the infinitely small in relation to the infinitely large universe; he who sees and he who is seen. Because my infinitely large seems to me diffuse, distant, vast, and too large for me to be able to perceive it…but perhaps this silence of these billions of stars that the universe sends back to me when I look at the sky, is the only thing I can hear from him.
So, maybe what the tao tells me is to look within; the infinitely small which is accessible to me; the water, the tree, the reflection of the sun in the river, the green shoots, my hand, my voice, the bird.
We are in the image of this infinitely large. So we can know it that way.
Marie
February 7, 2022
Image : Vincent Van-Zalinge