En ce moment, Jean Tinguely est à l’honneur à Genève, au musée Rath.
D’abord, on entend des grincements provenant d’une autre salle, comme des mélodies métalliques et rauques. Trois notes qui vibrent dans l’espace.
Entrant dans la première salle, il y a cette machinerie faite de cylindres, de disques et de roues tournant tournant tournant, chacune entrainant son cortège de roues dans une danse étrange et fascinante. Un caddie avance et recule sur des roulettes, une porte de machine à laver tourne en actionnant une tige de bois. Tant de systèmes complexes qui dansent sans servir à rien d’autre que nous émerveiller.

Les œuvres de Tinguely sont des automates helvétiques. On trouve chez lui un esprit de bricoleur, de chercheur, de bric à brac savoureux et je m’en foutiste. L’oeil s’attarde, il est même happé par le temps qui breloque, qui part en vrille et se rafistole avec des bouts de fils. C’est son jeu. Il nous prend dedans et dans ce qui vient, et il le rajoute à ce qui existait avant d’être un objet de récup. Il rafistole, il assemble comme Tim Burton fait coudre à ses monstres leurs propres membres qui se mettent alors à s’animer. Défiant les lois du réel, bric et broc de vieilles pièces d’usines qui vrombissent de renaître en mécanique. C’est durable et fragile comme le fil des existences.
J’imagine Tinguely les mains dans le cambouis de ses rêves et de ses heures à faire tourner ses machines. Ses œuvres remplissant des dépôts. Aujourd’hui c’est les enfants des villes qui visitent ses machines, dans des couloirs propres et fraichements peints de grandes musées, ils courent en culottes courtes presser sur les boutons rêvés.
Nous avons attendu qu’il soit l’heure et que le temps de la mécanique se remette en breloque.

Parfois quand on regarde ses oeuvres, on croirait presque rencontrer les mécanismes et les labyrinthes des jeux de nos âmes d’enfants, ou perdure une sorte de génie légèrement amusé. Comme pour s’oublier.


